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Document de conception
ASSOCIATION DES UNIVERSITES AFRICAINES
(AUA) 12ème Conférence Générale
Abuja, Nigeria
du 4 au 9 mai 2009
Développement durable en Afrique : Le rôle de l’enseignement supérieur
Document de conception

Développement durable

Lorsque l’Union mondiale pour la nature (UICN) a inventé le terme « développement durable » en 1980, celui-ci a reçu plusieurs interprétations qui n’ont fait que renforcer la définition donnée en 1987 par la Commission Bruntland dans son rapport intitulé ‘Notre avenir commun’ qui stipule que le développement ne sera durable que lorsqu’il « répond aux besoins actuels sans compromettre la capacité des générations futures de répondre à leurs propres besoins ». Le Rapport de la Commission Bruntland a spécifié trois composantes de la durabilité, à savoir l’équité, la croissance et l’environnement.
Dans un monde qui évolue rapidement sur l’impulsion évidente de la technologie et de la mondialisation, on oublie souvent que ce dynamisme et cette pulsion vers le développement durable impliquent le changement des hommes – leurs idées, leurs craintes et leur capacité d’imaginer et de travailler ensemble pour un avenir différent et meilleur. L’Afrique reste la région la plus vulnérable et non protégée du monde et court le risque d’être exploitée sans juste reconnaissance et rémunération de ses ressources. Il y a aussi le fait que les problèmes africains de la durabilité proviennent des menaces à la sécurité alimentaire, de la pauvreté, de la maladie, de la dégradation des terres, de la sécurité de l’eau, du changement climatique, des conflits, du déboisement, des catastrophes naturelles et de l’urbanisation.
Aujourd’hui, il est reconnu un peu partout que l’éducation est cruciale à la réalisation du développement durable. Pourtant, l’importance du rôle de l’éducation à la réalisation du développement durable n’a été particulièrement mise en exergue que pendant la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement de Rio en 1992. Cette conférence connue communément sous le nom d’Action 21 a témoigné la signature d’un cadre international et d’un programme d’action détaillé sur le développement durable par 41 pays africains. Ce consensus obtenu de la communauté internationale a été consolidé par l’Assemblée Générale des Nations unies à sa 57ème réunion de décembre 2002 où la période 2005-2014 a été déclarée comme la Décennie des Nations unies de l’éducation pour le développement durable (DNUEDD) à mettre en œuvre par l’UNESCO. En fait, l’UNESCO définit l’éducation pour le développement durable comme « un concept dynamique englobant une nouvelle vision d’éducation qui cherche à habiliter les êtres humains de tous âges à assumer leur responsabilité pour la création et la jouissance d’un avenir durable ».
La DNUEDD offre un guide stratégique à la communauté africaine d’enseignement supérieur pour lui permettre d’examiner ses programmes d’enseignement, de définir et d’entreprendre la recherche scientifique pertinente au développement, d’entrer en partenariat et de donner des exemples pratiques permettant d’assurer l’équité sociale, économique, environnementale et globale entre les générations dans le cadre du concept des Objectifs du millénaire pour le développement et d’autres programmes de développement africain.

Le rôle de l’enseignement supérieur dans la promotion du développement durable en Afrique

L’importance de l’éducation, qu’elle soit formelle ou informelle, primaire ou tertiaire, a pour but d’explorer les marges de possibilité et de probabilité requises pour transformer et améliorer les conditions de l’apprenant et de la communauté. Malgré le rôle essentiel de l’éducation de base pour amener l’individu au « seuil de l’autosuffisance » en lui assurant l’alphabétisme et une connaissance de base du savoir-faire et du savoir-être, l’enseignement supérieur, par contre, a une responsabilité spéciale pour générer du savoir et entreprendre la recherche scientifique nécessaire pour la production du savoir, former les leaders et les enseignants de demain tout en mettant un accent sur l’apprentissage par intégration et la capacité d’appliquer la connaissance et les compétences aux situations du monde réel.
L’UNESCO, sur son site web, a mis en relief l’importance de l’enseignement supérieur au développement durable comme suit :

    « L’enseignement supérieur a un rôle vital à jouer dans la définition de la manière dont les générations futures apprennent à être à la hauteur des complexités du développement durable. Les universités et les institutions d’enseignement supérieur forment des diplômés hautement qualifiés et des citoyens responsables capables de répondre aux besoins de tous les secteurs d’activité humaine ; elles fournissent des opportunités de formation au niveau de l’enseignement supérieur ainsi que dans la vie tout entière ; elles font avancer, créent et diffusent le savoir à travers la recherche et, sous forme de service à la communauté, elles fournissent l’expertise pertinente à la promotion du développement culturel, social et économique de la société ; elles facilitent la compréhension, l’interprétation, la préservation, l’amélioration, la promotion et la diffusion des cultures nationales, régionales, internationales et historiques dans un contexte de pluralisme et de diversité culturels ; elles assistent à protéger et à améliorer les valeurs de la société par la formation des jeunes en matière des valeurs fondamentales de la citoyenneté démocratique ; elles contribuent au développement et à l’amélioration de l’éducation à tous les niveaux, y compris la formation des enseignants ».


Les trois activités principales de l’enseignement supérieur, aussi bien en Afrique qu’ailleurs, sont l’enseignement et l’apprentissage, la recherche et le développement et le service communautaire. Dans le cadre du développement durable, les institutions africaines d’enseignement supérieur disposent des outils nécessaires pour modifier les structures d’enseignement pour qu’elles puissent fournir les réponses aux défis environnementaux et de développement auxquels fait face le continent.

Enseignement et apprentissage

L’art de la transmission du savoir dépend de l’habilité de communiquer, et les institutions d’enseignement supérieur démontrent la responsabilité assumée pour la formation des enseignants et des décideurs qui ont besoin d’être sensibilisés et formés pour promouvoir les objectifs du développement durable dans les établissements scolaires et, par la suite, auprès du grand public. La réorientation des programmes d’enseignement des universités, qu’ils s’agissent des sciences pures ou appliquées, des sciences sociales ou des lettres et de l’introduction de nouvelles approches et méthodes d’enseignement (à caractère multidisciplinaire et interdisciplinaire, basées sur le travail d’équipe et axées sur les projets) – en faveur des programmes d’études (enseignement universitaire), de l’orientation pédagogique (soutien et conseils dans le choix de carrière) et des activités (engagement communautaire et activités basées sur les programmes d’enseignement) - pour répondre suffisamment aux défis de l’éducation pour le développement durable (EDD) s’avère critique pour le développement du savoir, des compétences, des perspectives et des valeurs qui habilitent les populations à assumer la responsabilité pour la création et la jouissance d’un avenir durable. L’apprentissage à vie est également important pour l’Afrique. C’est ainsi que les institutions d’enseignement supérieur doivent monter des programmes appropriés pour former des professionnels clés tels que les ingénieurs, les architectes et les économistes pour les aspects pertinents du développement durable.

Recherche et développement

Les défis réels du développement durable en Afrique sont la promotion du développement économique et industriel, la suppression de la pauvreté, la résolution des conflits et l’utilisation optimale de ses ressources naturelles. En raison du syndrome « publier ou périr » en vigueur dans le domaine universitaire, les programmes de recherche de l’enseignement supérieur en Afrique ont tendance de se focaliser sur des objectifs purement scientifiques et intellectuels afin d’être publié dans des revues spécialisées dont les résultats ont peu de considération pour les besoins de développement. Ce qui n’a rien d’étonnant, les résultats de telles recherches sont rarement pertinents à la recherche des solutions sur le plan continental en matière de santé, d’éducation, d’eau, de changement climatique, d’énergie et de sécurité alimentaire et de tous les indices de développement durable. Même là où des recherches ont été entreprises dans ces domaines, les résultats sont largement restés sur les rayons et ne sont même pas mis à la portée de ceux qui ont besoin de mettre en œuvre les recommandations souvent jugées utiles. Un accent important mis sur l’utilisation des méthodes et des outils scientifiques et technologiques ainsi que des approches novatrices est essentiel pour guider la mise en place du programme de développement et de recherche africain. La collaboration institutionnelle tel que le lien trilatéral entre l’université, l’industrie et le gouvernement ne permettra pas que de se concentrer sur la voie établie de la recherche mais aussi assurera également l’utilisation optimale et efficace des ressources humaines et physiques. D’autres formes de collaboration telle que la collaboration bilatérale entre les institutions ou entre l’enseignement supérieur et l’industrie doivent être encouragées, en même temps que les efforts sont déployés de façon rigoureuse pour endiguer la fuite des cerveaux des meilleurs chercheurs des institutions d’enseignement supérieur et encourager la diaspora africaine à participer activement à la recherche des réponses aux défis cruciaux auxquels le continent fait face.

Engagement communautaire

Des opportunités permettant l’engagement entre les institutions d’enseignement supérieur et leurs communautés abondent en Afrique. Dans le cadre d’une université traditionnelle dont l’orientation vise fondamentalement la production du savoir, la prestation de service communautaire reste souvent un exercice intellectuel qui exige de la part des étudiants l’accomplissement des activités obligatoires au sein des communautés définies. De telles activités sont sanctionnées par l’attribution des notes. Cependant, étant donnée la réalité de l’insuffisance de fonds publics et en raison d’autres contraintes, les institutions d’enseignement supérieur n’ont actuellement la capacité que pour répondre à leur fonction de vulgarisation dont le résultat est la création des structures spécifiques telles que des sociétés d’experts-conseils ou des unités commercialisées et la mise en place des programmes de motivation au profit de leur personnel pour l’encourager à entreprendre davantage d’activités communautaires centrées sur le développement, et qui serviront l’industrie et les décideurs dans tous les aspects de développement durable.
Il est envisagé qu’à travers des conférences, des séminaires et, en général, par la diffusion des résultats de recherche, l’enseignement supérieur finira par sensibiliser le grand public sur les questions relatives au développement durable. Par extension, ces manifestations pourront aussi, par exemple, promouvoir l’alphabétisation des adultes ou aider à sensibiliser les femmes en matière de santé et d’hygiène. Le rôle des étudiants constituant un potentiel énorme à mobiliser pour entreprendre des programmes de service communautaire dans le cadre de l’évolution du paradigme de développement durable n’a pas encore été pleinement exploité. La prestation des services en milieu rural demande une attention particulière pour laquelle le concours des étudiants peut être d’une grande assistance. Leur participation en milieu rural peut constituer un moyen utile pour identifier des problèmes de développement auxquels leurs institutions peuvent trouver des solutions au profit des communautés. Il existe aussi un grand nombre d’organisations non gouvernementales (ONG) en Afrique qui fournissent des efforts louables de prestation de service communautaire ayant une incidence directe sur la réalisation des objectifs du développement durable. Mais ces organisations ont besoin d’assistance et de conseil que les institutions d’enseignement supérieur sont bien positionnées de leur prodiguer.

Ecologisation des campus universitaires

Alors que des exemples existent par rapport aux efforts consentis par les institutions d’enseignement supérieur pour convertir au vert leurs campus, ces efforts ne sont pas contrôlés en raison du manque d’un organe central pour la coordination de ces efforts. Ailleurs dans le monde, comme aux Etats-Unis et au Canada, la moitié des 200 institutions disposant des plus importantes dotations dans ces pays est en train de réduire ses émissions de carbone ; un quart de ces institutions a promis de réaliser la neutralité carbonique ; plus de deux tiers ont mis en place des politiques d’écologisation des immeubles et presqu’un tiers d’entre elles a investi des fonds de dotation ou des fonds similaires en énergie renouvelable.
Afin d’être efficace dans la promotion du développement durable, les institutions d’enseignement supérieur d’Afrique doivent le mettre en pratique dans toutes leurs activités quotidiennes sur le campus. Elles doivent introduire des mesures permettant d’économiser de l’énergie, encourager la réduction de l’utilisation du papier et d’autres éléments matériels, recycler leurs déchets dans la mesure du possible et, en général, aider à créer un environnement universitaire salubre, agréable, sain et propice à l’enseignement et à l’apprentissage pour les enseignants et les étudiants. Pour réaliser ces objectifs de manière efficace, les institutions doivent encourager leur personnel et leurs étudiants à participer pleinement au processus. Les pratiques de gouvernance et de gestion à tous les niveaux doivent être consultatives, participatives, justes, transparentes et responsables.
La 12ème Conférence Générale de l’AUA vise à explorer ces questions et d’autres problèmes similaires d’importance et d’intérêt principal à la communauté africaine d’enseignement supérieur. On espère que les présentations et les discussions ne vont pas seulement remettre en cause les universités africaines afin qu’elles puissent jouer des rôles actifs dans la promotion de l’enseignement et de l’apprentissage de qualité en vue de réaliser le développement durable mais aussi les engageront à se mettre en réseau, à promouvoir des liens et des échanges en vue de produire des réponses aux problèmes débilitants du continent. On s’attend ainsi à des discussions animées, bien informées et riches en matière de politiques.

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